L’un des contre-temps au développement d’une identité de conscience est le doute qui imprégne la parole de celui qui s’exprime. Cela parce qu’il ne pense pas être en mesure de savoir et d’exprimer ce savoir, encore moins de l’affirmer clairement.

D’un autre côté, on parle de plus en plus du ressenti comme outil d’évaluation de sa parole, de celle de l’autre, de l’information que l’on reçoit. Alors faut-il dire ce que l’on ressent ou sentir ce que l’on dit ?

En fait, la parole doit être pratiquée et ajustée par le ressenti. Ce qui sous-entend que plus on s’exprime mieux on connaît son ressenti. Et plus on connaît son ressenti, plus on peut s’affirmer. L’ajustement se fait dans les deux sens.

Pour développer son ressenti, il est utile de faire la distinction entre affirmer ce que l’on dit et s’affirmer dans ce que l’on dit.

Affirmer ce que l’on dit sous-entend que l’on valide notre parole, ce qui implique de l’imposer en croyant que celle-ci est juste et vraie.

De l’autre, s’affirmer dans ce que l’on dit sous-entend non pas d’imposer sa parole comme étant la réalité mais d’affirmer son droit à s’exprimer, à travers une parole ferme derrière laquelle on se tient, ce qui n’empêche pas d’être ouvert à la parole de l’autre.

C’est dans ce deuxième cas que l’on permet à son ressenti de se développer et ainsi vérifier notre parole.

Le développement d’une identité de conscience se fait donc via le ressenti, qui sert d’outil de vérification de sa parole, qui elle sert d’outil de manifestation de l’énergie qui nous traverse.

Ainsi, il ne s’agit pas de croire ce que l’on dit, ce qui reviendrait à prendre telle quelle l’énergie qui nous traverse, mais plutôt à affirmer son droit d’exprimer verbalement cette énergie, afin de la tester dans l’information qu’elle transporte.

Le ressenti devient donc l’outil de vérification de l’information transportée par l’énergie et exprimée par la parole.

Une parenthèse peut être faite sur la pensée, qui représente l’expression de l’information imposée à l’individu sans que celui-ci l’ait vérifié. Si la pensée impose une information, la parole l’expose, ce qui permet d’en dévoiler le mensonge.

Il devient alors clair qu’une parole ferme et assumée ne représente pas une forme quelconque d’arrogance ou de prétention mais une voie d’accès pour l’individu vers son identité de conscience, à travers une capacité de définition de l’énergie qui le traverse et le met en expérience, dans le but de tester sa capacité à s’affirmer ou sa tendance à croire ce qu’il reçoit.

Évidemment, une telle parole nécessite de l’honnêteté de la part de l’individu qui s’exprime, vis-à-vis l’autre mais surtout et avant tout vis-à-vis lui-même, car dès lors qu’il tombe dans la fascination de sa propre parole, il est le premier à en faire l’expérience.

Enfin, il est à noter que le ressenti qui permet de vérifier l’information exprimée est intime et personnel. Aussi, il ne doit pas devenir une arme pour faire valoir une quelconque identité de conscience, que l’on pourrait être tenté d’imposer à l’autre. Le ressenti doit être vécu dans l’intimité de son honnêteté, dans l’instant de l’expérimentation de sa parole, tout en restant ouvert à la parole de l’autre et à l’expression de son propre ressenti, qui ouvre chacun à la réalité de conscience de l’autre, à travers le respect de sa sensibilité personnelle.


Kévin Chevalier, Le 03’03’21.